Le Maroc Journal

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La joie de vivre

Date, février 1991, un beau matin en cet âge mûr, j’ai décidé de faire des footings pour sortir d’une torpeur et d’un engourdissement quotidien, qui ont déjà trop duré.
Cette mollesse qui habitait tout mon corps, était le résultat d’une activité sans effort physique, avec le temps cela est devenu une lâche habitude qui a réduit au maximum tous mes mouvements quotidiens.
Le peu d’activités que j’avais, se résultait entre le lieu du stationnement de ma voiture et la terrasse du café, où je m’entassais aussi longtemps que possible, soit pour agresser les passants du regard, soit pour lire un article d’un journal
Presque quotidiennement, je faisais une perte de temps sèche, en creusant longtemps dans ma mémoire pour trouver un synonyme ou un homonyme pour les « Mots Fléchés ou les mots croisés » qui restent à mon avis,un labeur et une gymnastique mentales inutiles.
J’ai souvent dit à mes amis qu’au lieu de se tracasser la tête avec ce genre de distraction, il vaut mieux lire une page ou deux de n’importe quel écrit, au moins on est sûr d’avoir su, connu ou découvert quelque chose, qui se rapporte justement à ces synonymes et à ces homonymes, sans compter la dose d’enrichissement du vocabulaire et le tonus lecture pour votre pouvoir d’assimilation.
Donc, cette lâche habitude de ne faire aucun effort physique, susceptible d’assouplir et raffermir mes membranes, elle s’est aggravée encore plus, quand pour le boulot, qui lui aussi, était de nature bureautique, pour lequel, je me déplaçais tout le temps en voiture.
Le reste du temps, réservé à mes loisirs, était partagé entre lectures, essais, écriture, promenades et de courtes flâneries.
Des fois, J’osais rédiger des commentaires sur mes lectures ou ébaucher un écrit quelconque et vite insatisfait de mon style, je déchirai tout.
Si aujourd’hui, j’ai publié certains écrits dans mon journal mensuel, Je reste encore assoiffé de m’abreuver dans le tréfonds de moi-même, à partir de mes lectures, de mes expériences vécues, qui à mon avis, sont un déferlement d’idées et de connaissances substantielles, riches et exploitables, encore vierges restant en veilleuse, attendant les instants éphémères de l’inspiration qui n’obéit à aucune autre loi qu’à celle qui provient d’elle-même, par vous même et on ne s’aperçoit de sa visite, qu’une fois que le fait est fait et que le sublime créé par elle est né.
Si la lecture et l’écriture sont un exercice et un effort spirituel, se traduisant en tonus pour la mémoire, pour l’esprit et pour le pouvoir d’assimilation d’une personne, le sport est un autre tonus additionnel, pour le corps et le bien être de tout être.
Une personne qui pratique régulièrement du sport atténue les risques de maladies, agrémente son mode de vie, acquiert une vivacité quotidienne de sa personne, améliore ses aptitudes physiques qui permettent au cœur de se fortifier et se stabiliser dans sa force et sa résistance, fonctionnant agréablement et merveilleusement, ces signes de bien être, on les constate chez la personne qui vient de prendre une douche après un bon footing.
Le premier jour donc, un dimanche matin, après avoir pris mon petit déjeuner, vers 10h30, je suis allé près de la Msalla (vaste lieu de prière) qui avoisinait le début de la forêt Maamora et Dar Echabab (la maison des jeunes), à droite se trouvait une route qui menait à l’ISTA (Institut supérieur de technologie appliquée).
J’étais habillé comme l’exigeait la saison avec l’intention de ne faire qu’une simple promenade à pied, sans faire aucun effort physique.
je m’écartai du chemin goudronné et je commençai une marche rapide en foulant l’herbe drue, pleine de rosée, scintillante sous l’effet d’un doux soleil, soudain avec une envie irrésistible de tâter le degré de ma force, je me mis à courir pendant presque une minute, vite essoufflé, je m’arrêtai sur le champ et constatai combien mon organisme était faible, mais il fonctionnait encore normalement par la preuve qu’un début de sueur se manifestait à travers tout mon corps et surtout à mon thorax et à mon dos.
Ce début de sueur me fit un grand plaisir et m’encouragea de dépasser le lendemain une minute de course.
pendant une semaine 4/ jours sur sept, matin et soir, avant le petit déjeuner et aussi avant le dîner que je prenais la plupart du temps vers 20 heures du soir, sachant que je ne me mets au lit que vers 23h30 à 6h00 du matin, été comme hiver.
« je ne m’en souviens plus de quel écrivain ou philosophe, qui avait pris l’habitude de régler le temps de son sommeil comme on règle une horloge, il se réveillait toujours à 5h du matin et se couchait à 10h du soir, ce qui fait que son sommeil était de 7h et son éveil de 17 heures ». Ce sage sut combien le temps était précieux, et combien c’était bénéfique de le consommer au maximum éveillé et le vivre avec tous ses états d’esprit et de corps, et que cela est un plaisir que ne connaissent que ceux qui l’apprécient et qui en profitent agréablement, comme le signalait cet écrivain russe : Ivan TOUGENIEV dans cette pensée :
« Le temps qui vole souvent comme un oiseau se traîne d’autres fois comme un tortue, mais il ne semble jamais plus agréable que lorsque l’on ne sait s’il va vite ou lentement. »
Au bout d’un an, j’ai eu le grand plaisir de pouvoir faire 3 fois par semaine un footing de trente minutes.
C‘était vraiment un plaisir et une assurance de se sentir lutter contre la mollesse et la vieillesse, qu’on retarde un peu et qui ont avec le temps le dessus, en gagnant dans ce sens, chaque jour un peu de terrain, donc pour se prémunir, se préserver et se conserver, je me disais alors :
Qu’il faut vivre pleinement tous les instants éphémères, que nous accorde notre vie,lutter pleinement contre toutes les faiblesses morales et physiques, en accordant des fois à ces dernières le droit de se satisfaire et d’assouvir nos désirs les plus refoulés de manière libre, licite, légitime et sans hypocrisie
goûtant ce plaisir de se faire plaisir avec égoïsme, en dépit de la condamnation de la société, dont chacune de toutes ses composantes, fait autant que vous si ce n’est plus, d’une façon polissonne, hypocrite, égoïste et gratuite, en affectant et affichant, une sorte de sagesse, qui prétend et parait être pleine de gloire, d’honneur et de noblesse, et qui au fond cache derrière elle, une réalité amère pleine d’illicite et de sottises, qui en définitive , reste une composante, noyée et imbue, dans tout ce qu’elle reproche aux autres, comme si elle veut nous faire croire le contraire de ce proverbe : « celui qui n’a pas de travers n’est pas si sage qu’il croit », d’ailleurs cette personne, sans travers, à mon avis n’existe pas.
Donc, ma devise à cette époque, traduisait mon bon vouloir et mon élan pour : lecture, écriture, sport et mordre dans la vie à pleins dents.
Au début de la quatrième année de ma pratique régulière du sport, je suis arrivé à faire une heure de footing (trente minutes aller et trente minutes retour) par séance, sans aucun répit, toujours trois à quatre fois par semaine.
Personne ne peut imaginer ma joie de vivre et d’exister, pendant les trente minutes de retour, ma joie était à son paroxysme.
Cette joie de vivre survient aussi, au moment de la douche froide, de la délectation d’un jus, dans cette posture d’allongement et de détente qui me faisait ressentir tout un bien être et une vivacité du corps et de l’esprit, que je n’avais jamais ressenti à l’époque de paresse et de mollesse.
Juin 1994, nous étions en plein été, où la chaleur était souvent accablante, je pris l’habitude depuis les deux dernières années de faire mes footings autant que possible à la plage Mehdia, c’est l’une des meilleures plages de l’Afrique, elle est située à douze kilomètres de la ville Kenitra, capitale et joyau du Gharb.
Un dimanche après-midi, vers seize heures, je fis un plongeon en dessous d’une superbe vague et je sortis au rivage mouillé par les flux et le reflux des vagues, illico j’entamai mon footing d’une heure.
Je faisais mon départ à partir du rivage, sur le sable mouillé, endurci par le soleil et libéré des vagues, par la marée basse du début de l’après-midi
Le relais était en parallèle de « l’hôtel Atlantique » jusqu’au « Taxi beatch » emplacement pour estivants, qu préfèrent se baigner à l’écart, ce Taxi batch était éloigné de six kilomètres de cet hotel.
Je marchais d’abord pendant cinq minutes pour m’éloigner des groupements des estivants et je commençais mon footing avec le rythme habituel qui me permettait d’arriver au Taxi beatch et retourner près de l’hôtel Atlantique, sans répit en soixante minutes.
Après vingt minutes de cette allure régulière, je vis à ma gauche, quatre jeunes hommes assis sur le séant, passant à côté d’eux, je saisis des bribes et je compris qu’ils plaisantaient à mon sujet, après deux ou trois minutes, ils se sont mis à courir et m’avaient devancé, toujours en courant.
Au début pour moi, c’était rien de plus normal, qu’ils voulaient faire un sprint pour se réchauffer avant de se baigner.
Peu à peu les quatre jeunes hommes ont perdu beaucoup de leur vitesse et ont continué avec une vitesse de marathon, ils ont résisté près de 3 minutes, soudain ils se sont arrêtés en faisant semblant de faire des mouvements d’inspiration et de respiration.

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Je m’approchai d’eux et les dépassai avec la même vitesse rythmée, après deux minutes, ils me dépassèrent encore en courant et retournèrent encore la tête vers moi en riant, je gardai mon sang froid et aussi le rythme de mon footing, encore une fois ils étaient à bout de souffle, ils s’arrêtèrent et firent semblant de faire les mêmes mouvements cités ci haut.
Après deux ou rois minutes encore, ils répétèrent le même scénario, je ne bronchai pas et continuai en sage mon footing, mais après cette troisième fois, sans doute, ils n’ont pu me rejoindre et me dépasser.
je continuai mon footing avec joie, sachant combien on est sage et combien on est brave de ne pas se laisser provoquer par des individus, tels que ces derniers et garder son sang froid et son rythme de footing, sans aucun ennui, je constatai avec joie, la stabilisation des mes battements de mon cœur, le rythme de mes enjambées et je souris à cette pensée : « il y a des gens tellement ennuyeux, qui vous font perdre une journée en cinq minutes. »
Arrivé à taxi batch, tout ruisselant de sueur, je fis un plongeon dans l’onde transparente de l’eau de mer qui rafraîchit : mon cœur, mon esprit et tout mon être, que soit loué la nature, la mer et ma vie en ces moments propices, cette joie de vivre me fit rappeler ce sublime quatrain d’Alphonse Lamartine :
Oh temps ! Suspends ton vol et vous heures propices, suspendez votre cours, laissez nous savourer les rapides délices, des plus beau de nos jours.

sans commentaire

Mostafa

à mon retour,vers mon point départ, près de l’hôtel Atlantique, après vingt minutes de footing, j’aperçus les quatre individus assis en ronde, ils m’aperçurent une fois que j’étais à quelques mètres d’eux, ils se levèrent d’un seul coup et voulurent jouer le même jeu, pour me distancer et me narguer,mais cette fois-ci, j’ai décidé qu’ils n’auront pas ce plaisir, je devais changer de vitesse, au risque de perturber le rythme et l’harmonie de mon footing, c’était ce que je fis sur place, illico j’entamai un sprint des plus accéléré, je les dépassai comme une flèche, je continuai ainsi près d’une minute puis je revenais sur eux, avec la même vitesse et les dépassai dans le sens contraire, après encore trente secondes, je me retournai avec toute la réserve de quatre ans de sport méthodique et d’allures progressives, une fois arrivé à leur côté, ils étaient forcés d’admirer ma compétition, ils ne s’empêchèrent de me saluer en m’applaudissant, ils lâchèrent ensemble par la force de cette admiration un « Tbarquellah Aalaa Al Maallem »
( Bravo Maître).

 

ABKARI Mostafa

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